À Saint-Paul-Trois-Châteaux, la santé mentale n’est pas un sujet lointain. Elle se vit au quotidien, dans les familles, dans les relations, dans le travail, parfois dans le silence de celles et ceux qui continuent d’avancer sans toujours aller bien.
Elle n’est pas réservée à « quelques cas » ni aux moments de crise. Elle se joue aussi dans les petites choses du quotidien, celles qui s’accumulent, celles qui usent, celles qui isolent. Et parce qu’elle touche à la vie de tous les jours, elle relève aussi de la politique municipale, au sens le plus concret du terme.
Une ville ne soigne pas à la place des médecins, des psychologues ou des psychiatres, mais elle peut agir sur les facteurs qui protègent la santé mentale, ou au contraire sur ceux qui l’abîment. Elle peut alléger la charge mentale, créer du lien, rendre l’accès aux soins plus simple, organiser des espaces de parole, et surtout traiter chaque habitant avec écoute et considération quand ça ne va pas.
La santé mentale est aussi une affaire de cadre de vie
Quand on parle de santé mentale, on pense souvent à des symptômes, à des diagnostics. C’est important, mais ce n’est qu’une partie du tableau. La santé mentale est aussi influencée par l’environnement dans lequel on vit. Une ville peut être apaisante et accueillante, ou au contraire devenir un millefeuille de contraintes et d’irritations qui grignotent l’énergie psychique.
Alléger la charge mentale du quotidien
La charge mentale, ce n’est pas seulement «être stressé». C’est devoir penser à tout, gérer mille micro-problèmes, naviguer entre des informations floues, des démarches difficiles, des horaires incompréhensibles, des renvois d’un guichet à l’autre. Quand on va bien, on encaisse. Quand on va déjà moins bien, ça peut faire déborder le vase.
À l’échelle d’une commune, des actions simples peuvent faire une vraie différence :
- des démarches administratives plus claires,
- des formulaires lisibles,
- des réponses plus rapides,
- un point d’accueil aidant,
- des informations regroupées et mises à jour,
- des explications accessibles (y compris pour les personnes peu à l’aise avec le numérique).
Ce n’est pas « du détail », c’est de l’hygiène mentale collective.
Faire en sorte qu’il fasse bon vivre, au sens large
Le bien-être et le cadre de vie vont au -delà de la beauté d’un centre-ville ou de l’entretien des espaces verts.
C’est aussi l’accès à des lieux où l’on se sent en sécurité, la qualité des espaces publics, la possibilité de se déplacer sans se sentir en danger, la disponibilité de bancs pour se reposer, l’éclairage, le bruit, la facilité à accéder aux services essentiels, des moments de convivialité partagée (à tous les âges).
Une ville qui réduit les frictions du quotidien libère de la place dans la tête, donc de la disponibilité pour la vie, les proches, le travail, les projets.
Une ville à taille humaine ne doit pas être une ville où l’on se sent seul
Saint-Paul-Trois-Châteaux a un avantage précieux : la proximité. Certains d’entre vous ont même la sensation d’habiter un village. Mais la proximité géographique ne garantit pas le lien social. On peut vivre entouré et se sentir seul. On peut habiter ici depuis longtemps et ne plus oser demander de l’aide. On peut arriver dans la commune et ne pas savoir où se poser, où rencontrer, comment s’intégrer.
Prévenir l’isolement, notamment des personnes âgées et des personnes seules
L’isolement est un facteur majeur de souffrance psychique. Il peut amplifier l’anxiété, la dépression, les troubles du sommeil, les conduites addictives, et rend plus difficile l’accès à l’aide.
Les personnes âgées sont particulièrement exposées, mais l’isolement touche aussi les jeunes adultes, les familles monoparentales, les personnes en situation de handicap, les aidants, ou celles et ceux qui traversent une séparation, un deuil, une perte d’emploi et même, les enfants.
Les données nationales sont claires et préoccupantes aussi en ce qui concerne notre jeunesse. En France, environ un adolescent sur sept présente un risque important de dépression, et plus de la moitié des collégiens et lycéens déclarent des signes réguliers de mal-être psychologique, comme des troubles du sommeil, de l’anxiété ou une grande fatigue émotionnelle. Ces chiffres rappellent que la souffrance psychique des jeunes n’est ni marginale, ni passagère. Ces difficultés sont liées à la pression scolaire, aux situations de harcèlement, à la peur de l’avenir, aux difficultés familiales, …
D’après Santé Publique France, “les premières années de la vie sont déterminantes pour le développement psycho-affectif des enfants, les apprentissages et leur capacité à s’adapter dans leur future vie d’adulte.”
Une ville attentive ne peut pas l’ignorer. Elle doit tenir compte de la santé mentale de ses habitants les plus jeunes et leur offrir, à minima, un climat agréable et sûr dans lequel grandir. Elle ne peut pas intervenir au sein de la famille, ce n’est pas son rôle mais il y a tellement de possibilités connexes !
Agir, cela veut dire soutenir et multiplier les occasions de lien réel, pas seulement des événements « vitrine ». Cela peut passer par des lieux conviviaux, des activités intergénérationnelles, des dispositifs de visite ou d’appel, des partenariats renforcés avec les associations, et une attention aux personnes qui ne viennent jamais spontanément.
Favoriser l’intégration de toutes les communautés
Une ville sereine, c’est une ville où chacun peut se sentir légitime.
Les différences d’âge, d’origine, de culture, de situation sociale ou familiale ne devraient pas être des murs.
La municipalité peut créer des ponts, soutenir des projets partagés, valoriser des temps de rencontre, aider les initiatives qui rassemblent plutôt que celles qui enferment.
Ce travail patient est un travail sur la santé mentale, parce qu’il réduit le sentiment d’exclusion, de honte, de ne pas être à sa place.
Accès aux soins, la réalité locale impose d’agir
Beaucoup d’habitants le vivent déjà: il est difficile de trouver un médecin traitant, et encore plus difficile d’obtenir un rendez-vous chez certains spécialistes.
Les listes d’attente sont longues, des cabinets ne prennent plus de nouveaux patients, et le parcours devient décourageant. Cette situation pèse lourd sur la santé mentale, parce qu’elle fabrique de l’inquiétude, de la colère, un sentiment d’injustice, et parfois de la résignation.
Nous sommes lucides : une municipalité ne peut pas, à elle seule, créer des médecins ou résoudre les déséquilibres nationaux. Mais elle peut faire deux choses essentielles : faciliter l’installation des professionnels, être attractive et rendre le parcours plus lisible pour les habitants.
Attirer des médecins, des psychologues, des psychiatres
Pour les professionnels de santé, la décision de s’installer dépend de multiples facteurs: conditions de travail, équilibre vie personnelle, réseau professionnel, locaux disponibles, charges, logement, possibilité de travailler en équipe, qualité de vie.
La ville peut agir sur plusieurs leviers:
- mise à disposition ou soutien à la mise à disposition de locaux adaptés,
- aide à la recherche de logement,
- coordination avec les acteurs du territoire,
- accompagnement administratif,
- mise en relation,
- valorisation d’un exercice coordonné (quand c’est possible).
Certains de ces leviers ont déjà été activés mais il est indispensable d’améliorer encore les choses. Nous sommes convaincus que cela est possible.
Pour la santé mentale, attirer des psychologues et des psychiatres est crucial. Quand l’offre est trop rare, on retarde la demande d’aide, on s’enferme, on attend «que ça passe», et parfois on n’attend pas dans de bonnes conditions.
Rendre l’orientation plus humaine et plus efficace
Entre le moment où quelqu’un se dit «j’ai besoin d’aide» et le moment où il obtient une réponse, il y a souvent un désert administratif.
Qui appeler, à qui s’adresser, que faire en attendant, comment différencier urgence et difficulté chronique, quels dispositifs existent, quelles associations sont actives ?
Une ville peut aider en rendant les informations fiables, centralisées, et compréhensibles, avec des relais de proximité capables d’orienter sans juger.
Le paramédical et le bien-être, des soutiens utiles
Dans le domaine de la santé mentale, il est important d’être clair.
Le soin médical (médecin, psychiatre, structures spécialisées) est irremplaçable.
Le suivi psychologique est essentiel pour beaucoup. Mais autour, il existe aussi des accompagnements complémentaires qui peuvent soutenir, prévenir, renforcer les ressources, à condition de ne pas vendre du rêve ni de se substituer au soin.
Renforcer la place des professions paramédicales
Les professionnels paramédicaux et éducatifs jouent un rôle majeur dans les parcours de vie. Infirmiers, ergothérapeutes, psychomotriciens, orthophonistes, éducateurs spécialisés, auxiliaires de vie, intervenants à domicile, ils soutiennent des personnes fragilisées, ils restaurent des capacités, ils aident à retrouver de l’autonomie, ils accompagnent des familles. Leur travail a un impact direct sur le moral, sur la stabilité, sur le sentiment de compétence et de dignité.
Une politique municipale peut soutenir ces métiers en facilitant leur visibilité, en aidant à l’installation, en créant des partenariats, en mettant en réseau, en valorisant leur rôle dans la prévention.
Le bien-être comme soutien, pas comme substitut
Les pratiques de bien-être (activités corporelles douces, relaxation, médiation artistique, yoga, sophrologie, hypnose, ateliers d’expression, sport, etc.) peuvent aider :
- à mieux gérer le stress,
- à se reconnecter à son corps,
- à retrouver un rythme,
- à rompre l’isolement.
Elles ne remplacent évidemment pas un diagnostic, un traitement, ni une prise en charge médicale quand elle est nécessaire. Mais, elles peuvent être un appui utile, notamment en prévention, ou en complément d’un suivi.
Notre position est de soutenir ce qui apporte un réel mieux-être aux habitants, dans une approche responsable, respectueuse des personnes et attentive à leurs besoins réels.
Des événements pour briser le silence et ouvrir des portes
La santé mentale souffre encore d’un poids culturel: la honte, la peur d’être jugé, l’idée qu’il faudrait «tenir bon» sans rien dire. Elle est souvent taboue.
Résultat, beaucoup attendent trop longtemps, s’isolent davantage, et perdent confiance dans la possibilité d’être aidés.
Organiser des conférences, des ateliers, des temps d’échange, c’est créer un espace public où l’on peut parler des difficultés sans être réduit à elles.
C’est aussi faire connaître concrètement les ressources disponibles : professionnels, associations, dispositifs, lieux d’écoute, démarches à suivre. Et c’est rappeler une chose simple : non, vous n’êtes pas seul.
Dans une ville comme la nôtre, ces événements peuvent être pensés de manière accessible: formats courts, horaires variés, lieux faciles d’accès, interventions de professionnels, témoignages encadrés, ateliers pratiques, stands d’information, temps de questions.
L’objectif est d’ouvrir des portes.
Écoute et considération, le point le plus important
Dans une commune comme la nôtre, la relation entre l’habitant et la municipalité compte énormément. Cela vaut particulièrement quand quelqu’un traverse une période difficile.
Une personne en souffrance psychique peut se sentir rapidement découragée par des phrases sèches, un renvoi à plus tard, un manque d’information, un accueil froid.
Elle peut se dire «ce n’est pas pour moi», et disparaître des radars.
À l’inverse, un accueil respectueux, une écoute attentive, une orientation claire peuvent faire une différence immédiate.
Former, sensibiliser, humaniser les premiers contacts
Sans demander aux agents municipaux de devenir des soignants, une ville peut choisir de former et de sensibiliser, pour mieux repérer la détresse, mieux accueillir, mieux orienter. Le premier contact est souvent décisif.
Quand on a le sentiment d’être pris au sérieux, on reprend un peu d’élan. Quand on se sent méprisé ou invisible, on s’enferme.
La qualité de l’accueil dépend aussi des conditions de travail des agents municipaux, qui ont besoin d’un cadre professionnel stable, bienveillant et reconnu pour pouvoir exercer pleinement leur mission. Les notions de bien-être au travail doivent commencer au cœur de notre municipalité.
Prendre au sérieux les problèmes, même quand ils ne se voient pas
La santé mentale se cache bien.
On peut travailler, sourire, rendre service, et être au bord de l’épuisement. Une politique municipale digne de ce nom ne se contente pas de gérer les urgences visibles. Elle construit une culture de la considération, où les habitants savent qu’ils peuvent être entendus, où les difficultés ne sont pas minimisées, où l’on n’ajoute pas de la violence administrative à une souffrance déjà là.
Nous ne prétendons pas avoir une baguette magique. Nous savons aussi que certaines compétences relèvent d’autres niveaux de décision. Mais nous refusons l’idée que la commune ne pourrait rien faire.
Nous voulons une municipalité qui assume sa responsabilité sur les conditions de vie, qui n’aggrave pas les fragilités existantes, et qui fait de l’écoute et de la considération des habitants une priorité réelle.
Références :
https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/sante-mentale